mardi 3 septembre 2013

Dans les allées du Père-Lachaise Briochin

En parcourant le cimetière Saint-Michel, vous pouvez remarquer dans les allées, des tombeaux, des bustes et médaillons de personnalités avec des inscriptions, quelques dates, la dernière fonction occupée ainsi que les principaux services rendus. Ces hommes et femmes sont aujourd'hui oubliés.

Dans l'allée centrale, la sépulture du statuaire Ogé est surmontée de son buste en bronze. Décédé en 1867, il est l'artisan de nombreuses sculptures dont le fronton du palais de justice de Saint-Brieuc. Voisine de cette sépulture, la colonne brisée, élevée en souvenir du sous-lieutenant Huguin qui périt le 06 janvier 1850, en voulant porter secours à un enfant qu'on croyait en danger dans une maison incendiée, rue Saint-Gouéno. Ces deux tombes sont adossées au monument funéraire de Jean-Marie Houvenagle, représentant à l'assemblée constituante de 1848. Décédé en 1865, il laissa par testament sa propriété des Châtelets d'une valeur de 200 000 F. par moitié à l'hospice et au bureau de bienfaisance. La ville de Saint-Brieuc reconnaissante lui éleva un monument qui représente la ville de Saint-Brieuc pleurant l'un de ses fils. A proximité, le tombeau du maire Gabriel Hérault, décédé maire en exercice en 1872. Il institua la ville de Saint-Brieuc, légataire d'une grande partie de sa fortune. En reconnaissance de ce don et des services rendus, la ville lui éleva sur sa tombe un buste avec la représentation artistique et  ressemblante du maire, oeuvre de l'artiste Ludovic Durand. A côté de Gabriel Hérault repose celui qu'il considérait comme son fils, Jean-François Bernardos, conseiller municipal puis maire adjoint, décédé en 1891. 

Au fond de l'allée centrale se situe la magnifique chapelle en tuffeau de l'amiral Charner (1797-1869), édifiée par la ville à la mémoire de l'un de ses plus glorieux fils. Cette dernière est voisine de la tombe des trois frères Le Goff, trois sculpteurs tués lors de la première guerre mondiale. Paul Le Goff n'avait que 32 ans quand, le 22 avril 1915, l'abominable journée des gaz asphyxiants, il fut tué d'une balle en plein front, à la tête de sa compagnie, pendant l’héroïque défense du pont de Boesinghe, sur l'Yser. Journée fatale que ce 22 avril 1915, car presque à la même heure, Elie le Goff tombait mortellement blessé, près des forges de Langemark. Et comme si ce double sacrifice n'était pas suffisant, un troisième deuil devait toucher cette famille. Henri, le dernier fils, tué par un éclat d'obus à l'entrée de la tranchée de Calonne, près de Verdun. Paul le Goff, le second des fils et celui que la nature avait le mieux doué, disparaissait à l'aurore de son talent. Il fut pendant quatre ans élève de son père Elie, lui même sculpteur. Après avoir remporté le prix du ministère des Beaux-Arts, il profita des avantages accordés aux ouvriers d'arts et bénéficia d'une réduction de son service militaire. A 21 ans, il se rendit à Paris ou il fut admis à l'atelier de Barrias-Coutan. Parmi les œuvres de Paul le Goff qui ne connait pas "La Forme se dégageant de la matière" oeuvre en marbre, acquise par l'état pour être placé dans le jardin du Luxembourg à Paris. Après la guerre, la statue fut offerte à la Ville de Saint-Brieuc et placée dans le parc des Promenades. Citons encore de Paul le Goff, "Les funérailles bretonnes", dernière oeuvre de l'artiste, trouvée inachevée par son père et que celui-ci a traduit d'une manière impressionnante dans un bas-relief qui orne la base de la sépulture que le père a élevée à la mémoire de ses trois enfants. 

Dans le côté Ouest du cimetière, la sépulture de Mireille Chrisostome, jeune résistante de Saint-Brieuc, arrêtée dans le secteur de Saint-Nicolas-du-Pelem lors d'une rafle allemande. Torturée puis exécutée dans la forêt de l'Hermitage-Lorge en juillet 1944 à l'âge de vingt ans. Dans une des allées, le tombeau de Reine-Marie de Saint-Pern, décédée le 06 avril 1869 à l'âge de 102 ans et trois mois. Elle est née sous Louis XV et est décédée sous Napoléon III. Dans le carré militaire, situé au centre du cimetière, la sépulture de Lucien Camus, père d'Albert Camus, décédé des suites de ses blessures dans une des hôpitaux militaires de Saint-Brieuc en 1914. On peut également signaler, la tombe de Louis Guilloux, l'écrivain briochin à qui l'on doit des romans comme le sang noir ou le jeu de patience. 

Kevin Magi

Chapelle de l'amiral Charner (1797-1869)

Monument funéraire des trois frères le Goff morts pour la France


Pratique: Visites guidées dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine, le samedi 14 et le dimanche 15 septembre à 14 h 30 et 16 h 30. Rendez-vous à l'entrée du cimetière.

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